Tricher c’est jouer? Retour sur la table ronde du G8me Fes7² de Limoges


Table ronde / lundi, juin 11th, 2018

En ce bel après-midi ensoleillé du 23 mai, j’ai eu l’honneur de pouvoir organiser et animer une table ronde au sein du festival G8me Fes7. Il s’agissait de la deuxième édition du festival du jeu-vidéo et de la pop culture de Limoges. La rencontre eu lieu à l’UL Factory en petit, mais passionnant, comité.

La vache volante arc-en-ciel du G8me Fes7, c’est une limousine, évidemment.

 

“Une question de contrat social”

Autour de la table, des personnalités venues d’horizons différents : étudiant, professeur, professionnel de santé, auto-entrepreneur ludique… Tout un beau monde réuni pour débattre d’un sujet alléchant : “La triche fait elle partie du jeu?“.

Après de brèves présentations, nous avons décidé de définir collectivement le mot “triche” afin de décider si ce comportement faisait bien partie du “jeu”.

Il nous est apparu tout d’abord que la triche était caractérisée par le contournement d’un comportement préalablement normé. La norme est souvent dictée par un livret de règle qui permet de graver dans le marbre le modus operandi d’un jeu.
Il arrive qu’un groupe de joueurs décide, collectivement, de contourner des règles. Nous avons exclu ces pratiques de la définition de “triche”. Pour les participants à la table ronde, La décision de s’affranchir d’une règle relevant plutôt de l’émergence.
En effet, ces variantes de jeux sont pleinement acceptées dans le “contrat social” (accord tacite qui organise une communauté, ici les joueurs, lors d’une activité) de la partie. A l’une de nos intervenantes de citer alors les fameuses règles de camping, autrement nommées “à la polonaise” (ou tout autre pays d’ex-URSS de votre choix) en reprenant l’exemple des règles “A l’Aquitaine” du cul de chouette de la série Kaamelott.

 

“J’ai pas fait exprès”

Nous restait alors à discuter du caractère intentionnel de l’action : suis-je un tricheur si j’oublie une règle lors d’une de mes actions, ou pire, durant l’entièreté de la partie? Ce fut le moment pour chacun de conter ses propres expériences de partie mémorablement gâchées par un oubli de règle.
Les histoires allèrent de la simple erreur de déplacement dans un jeu de stratégie à l’affranchissement complet d’une mécanique de jeu durant plusieurs parties. Ces récits nous ont conduit à nous dire que la faute non intentionnelle échappait au statut de triche. Le fait qu’elle ne vise pas à détruire le contrat social (la définition est au dessus, faut suivre au fond!) et la bienveillance dont les autres joueurs font preuve face à de tels oublis, la sauvant de ce statut .

Nous vient alors un rapide arrêt sur les jeux qui possèdent une autorité : généralement les sports, mais aussi certains jeux de rôles utilisant “la règle d’or”. (Vous pouvez les huer, ils le méritent.)
Ici pas de problème pour décider ce qui est triche : un participant du jeu se chargeant à la place des autres de décider ce qui est juste. Il se charge même de choisir les sanctions à appliquer! Ce qui est absolument magique avec ce système, c’est que l’autorité fait disparaître la notion même de triche au sein du jeu : comme l’autorité et le pouvoir de sanction sont inscrits dans les règles, les joueurs peuvent s’en donner à coeur joie : “je n’ai pas triché, l’arbitre ne m’a pas sanctionné!” .

 

Cependant pour les jeux n’ayant pas d’autorité autre qu’un livre de règle, il est bien difficile de demander au dépositaire des règles de juger. Il est rare de voir un bout de papier rendre un arbitrage efficacement. Reste alors la décision collective : le fameux consensus.

 

“Écraser le jeu, le voir mourir devant soi et entendre les lamentations de ses joueurs”

Mais revenons à nos moutons : la triche est intentionnelle, elle contrevient à l’esprit de la partie
Mais pire encore : elle est imposée aux autres.

Le tricheur, en décidant de ne pas respecter les règles, impose aux autres joueurs une version modifiée du jeu. si je vous avoue que je me suis servis durant toute la partie dans la banque au monopoly, il y a peu de chance que vous considériez que nous avons réellement joués ensemble à ce jeu. Ne vous en faites pas, c’est un cas de figure qui a peu de chance d’exister. Votre humble serviteur préférant être condamné à jouer au jungle speed avec une équipe de rugby plutôt que de reposer un jour ses doigts sur ce jeu maudit.

C’est là que se trouve la véritable horreur de la triche. Elle détruit la partie. Une simple erreur acceptée par les joueurs va au contraire uniquement la tordre, l’esquinter.

Poussés par le temps nous n’avons donc pas eu la possibilité de nous demander si la triche, comme nous l’avions définie était bien “du jeu”.

Je ne peux donc que vous donner ma propre conclusion :
Non, tricher n’est pas jouer. Lorsqu’un tricheur agit sur la partie, il la vide de son sens, la détruit complétement par ses actions.
Une fois ses exactions commises, le tricheur a transformé la partie en autre chose.Une forme parfaite de ce que je nomme “une partie dysfonctionnelle”.
Mais cela fera l’objet d’un autre article…

Il me reste à remercier l’ensemble des participants pour leurs échanges parfois drôle et toujours justes.
Merci aussi à Cortex Circus et plus particulièrement Aurélia Jussan, pour nous avoir offert l’occasion d’organiser cette table ronde!
Le G8me Fes7 est une très belle initiative qui mérite de perdurer longtemps.

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