Retour à la table #1 Pathfinder et le Jeu de Rôle par internet.


Non classé / lundi, juillet 16th, 2018

J’ai dernièrement eu l’occasion de rejouer à Pathfinder en ligne via le logiciel Fantasy Grounds. Cette expérience m’a amené quelques réflexions.

C’est l’heure d’un retour à la table… Sans table!

Pathfinder, Rolls-Royce du Dungeon Crawling.

Héritier du mythique Donjons et Dragons 3.5, Pathfinder tient une place particulière dans mon petit coeur de joueur et de rôliste. Derrière ses airs d’énorme machine à gaz de grosse production américaine, se cache un joyaux de Gameplay. Dans Pathfinder, tout est calculé pour s’entremêler. Les statistiques qui décrivent les personnages ont toutes une utilité. Elles offrent une myriade de possibilités en terme de concepts de personnages (Les fameux “Builds”). Des classiques robin de bois ou chevalier vertueux au magicien surpassé par ses pouvoirs en passant par le barbare intellectuel pétri de spiritualité, Pathfinder vous permet de jouer la majorité de vos fantasmes fantaisistes.

Pathfinder prend le parti de traduire chaque élément du monde en statistiques, un repoussoir pour certain, un véritable support à rôleplay pour d’autres. Il serait trop long de répondre à toutes les critiques dont le bébé de Paizo fait l’objet. Je me contenterai d’un seul constat : Pathfinder propose de jouer des aventuriers en quête de gloire dans un univers de fantasy, force est de constater qu’il le fait très bien. Le jeu assume totalement son parti pris purement “Ludique”. La base du jeu est bien le combat, mais le joueur sait dès le début dans quoi il s’engage.

Le système du combat, justement, est composé d’une multitude d’options tactiques créant un véritable jeu dans le jeu. Les combats sont dynamiques, pour peu que les joueurs ait fait l’effort d’apprendre correctement les règles. Les défis sont variés et le maître du jeu lui même doit souvent quitter sa position de dieu omnipotent pour s’adapter aux aléas des jets de dés.

En bref, Pathfinder est une pépite pour les joueurs qui savent s’impliquer pleinement dans une “proposition ludique” et ne s’obstinent pas à vouloir manger leur soupe à la fourchette.

Le jeu de rôle en ligne, une chance et une fausse bonne idée.

J’ai pour ma part découvert le Jeu de Rôle en ligne via le forum JdRvirtuel. Isolé géographiquement, ce site m’a offert la possibilité de continuer à pratiquer ma passion. Les premières parties furent d’abord l’occasion de découvrir d’autres types de joueurs que ceux de mon cercle habituel. Une occasion unique de me confronter à de nouvelles méthodes de jeu, de maîtrise… Une expérience enrichissante car il est toujours bon de ne pas s’enfermer dans des routines en oubliant que le jeu est vivant et change tous les jours. J’en ai retiré des leçons qui ont, à mon sens, fait de moi un meilleur joueur : plus tolérant envers mes partenaires, plus concentré sur les besoins de la partie que mes propres caprices, ce qui paradoxalement m’amenait beaucoup plus de plaisir au final.

Oui mais voilà, passé le moment de la découverte, on se rend très vite compte des limites de la pratique dématérialisé du jeu de rôle.

D’un point de vue humain déjà, il y a un monde entre jouer depuis son bureau, le casque sur les oreilles , son.sa conjoint.e endormie dans la pièce adjacente et autour d’une table, les yeux dans les yeux avec des paquets de chips et des bières (bien qu’avec le temps ces derniers se voient remplacés par des cookies et du jus de fruit!) . Mais cette absence de présence physique ne m’empêche pourtant pas d’apprécier pleinement des jeux en lignes comme Counter Strike ou League of Legends, alors pourquoi diable est-ce un problème pour le Jeu de Rôle?

Cela tient pour moi au simple principe des composantes de jeu. Arrêtons nous un instant sur ce qui compose une partie de League of Legends : 10 joueurs, 10 ordinateurs reliés par internet, les voix des joueurs, les actions des mains sur les claviers et les souris et bien sûr : le logiciel League of Legends.

Pour le Jeu de Rôle, il me manque donc une composante essentielle lorsque je joue en ligne : l’entièreté du jeu d’acteur. La majorité du jeu théâtral du JdR passe par la voix. Mais, la gestuelle, les expressions du visage font parties intégrante de la pratique. Lorsque je fais la moue pour appuyer ma désapprobation face à une décision ou lorsque je sourie à une proposition inattendue d’un partenaire, rien ne me permet de transmettre ces émotions  à la partie.

Je me sens comme dépossédé d’un de mes outils de forge. Je ne peut être que déçu par l’objet final, puisqu’il ne ressemblera pas à l’implication que j’y ai consacré.

Pathfinder et JdR en ligne, un beau mariage.

Mais avouons le : le logiciel Fantasy Grounds simplifie énormément les parties de Pathfinder. Adieu les calculs interminables, le logiciel s’occupe de tout. Fini les oublis de point de règles, tout est automatisé.

Le secret de cette union réussie vient du système de Pathfinder lui même. En basant la majorité de l’expérience de jeu sur un système “mécanique” proche des wargames, pathfinder s’offre la possibilité de déléguer à un ordinateur la gestion de la partie rigide des règles. Un gain de temps énorme pour les joueurs qui peuvent se concentrer sur l’aspect tactique des combats et sur le “roleplay”. Les combats gagnent en efficacités et cessent d’occuper la majorité du temps de jeu. On sélectionne les cibles, choisi son attaque et le tour est joué (au sens propre!) .

Lorsque l’on joue sur table, Pathfinder souffre durant ces phases de combats. Les tours sont longs, il faut relire les règles… Quand il faut attendre 20 minutes pour voir son tour de jeu revenir, on a souvent tendance à se dissiper. On parle alors de la météo avec son voisin ou du dernier film à l’affiche. Pire! Certains consultent leurs mails et réseaux sociaux sur leurs portable.

Par l’aide informatique, l’implication du joueur n’est pas endormie. Fait amusant, car c’est justement le principal défaut du JdR en ligne : l’interruption de l’implication.

Au cours de mes expériences sur JdR Virtuel, j’ai souvent noté que les joueurs se détachaient de la narration. Peut être car ils ne sont pas impliqués physiquement, plus surement car la tentation d’aller naviguer sur internet est trop forte. Le JdR en ligne oblige les joueurs à pratiquer un rythme soutenu. Les joueurs doivent être sans cesse stimulés pour ne pas voir leurs implications dans la forge de la partie interrompues. Cette mission incombe souvent au seul maître du jeu, qui n’a parfois pas les capacités de mener ses parties “à la hussarde”.

Au final, le JdR en ligne pose le problème commun à tous les systèmes sociaux : Comment créer et maintenir l’implication des participants?

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