Le jour où j’ai détruit une campagne à moi tout seul


Non classé / vendredi, décembre 21st, 2018

Il est des jours où l’on regrette amèrement ses propres moments de “génie”. Ce fût mon cas il y a plusieurs années, lorsque j’eus la merveilleuse idée de créer un nouveau personnage pour remplacer mon précédent, mort dans de tragiques circonstances.

Nous jouions une belle campagne de D&D 3.5. Nos personnages commençaient à prendre de l’importance dans la ville où ils avaient élu domicile. Et d’un seul coup, tout est devenu hors de contrôle, laissez moi vous compter le plus grand échec de ma vie de rôliste : La fin de la campagne d’Estyl.

Garn le Barbare, trop bon, trop c**

Le groupe était depuis le début composé des mêmes personnages (et donc joueurs). Des personnages soudés par une origine commune, un objectif commun et surtout une forte amitié que nous mettions en avant dans notre roleplay. Oui mais voilà, Garn, mon barbare demi-orc épris d’une magnifique demoiselle, décida un beau jour de se sacrifier pour sauver sa belle. Notez bien que j’attribue cette décision à mon personnage et non à moi même. Je me rappelle très bien de la question de mon MJ au moment fatidique : “Tu fais vraiment ça? Tu auras très peu de chance de t’en sortir!”. Et moi de répondre fier comme un coq, comme si l’on me lançait un défi “La vie de ma fiancée en dépend, bien sûr que je le fais!”. Garn était un demi-orc sentimental, attaché au fait que l’on considère plus comme un homme qu’une bête et il était très vite devenue l’exemple typique de l’amoureux transi, mignon, mais désespérément stupide. Il n’était pas un abruti intellectuellement parlant, mais il avait un tel besoin qu’on l’accepte qu’il prenait toutes ses décisions dans cet objectif. Je regrette maintenant cette décision. Garn est certainement mon personnage le plus abouti, le plus fin. Celui avec lequel je préférais jouer. Garn est au fond très proche de moi, mais je vous parlerai de la relation entre Garn et moi dans un autre article.

5 minutes plus tard, l’affaire était pliée et il m’était gentiment demandé de créer un nouveau personnage pour la prochaine séance. C’est à ce moment précis que tout a dérapé.

Lorsque l’on découvre le jeu de rôle, l’on a tendance à jouer un personnage stéréotypé, souvent pauvre en identité. Ce n’est pas vraiment dérangeant au début car on doit tout d’abord s’approprier les règles et tout un tas d’éléments, on se dit que notre personnage gagnera en épaisseur plus tard (ou l’on s’en fout, tout simplement). J’avais alors l’impression d’avoir fait le tour de ce que ce genre de personnage pouvait m’apporter. Je me décidai donc à créer un personnage au caractère fort qui me permettrai d’explorer de nouvelles sensations de jeu.

Bonjour, moi c’est “Le Monstre”, enchanté!

C’est ainsi que “Le Monstre” naquit. Notez que je ne peux même pas me souvenir de son nom. Peut être en raison du fait qu’il portait un nom elfique incroyablement long et imprononçable (je trouvais ça drôle…), mais plus probablement par l’action de mon inconscient qui me conjure d’oublier toute cette histoire pour supprimer ma culpabilité.

Bref, “Le Monstre” était un habile barde mythomane et kleptomane au dernier degré, bisexuel, fasciné par la souffrance d’autrui et motivé par deux choses : le sexe et l’argent. Vous allez me dire : “Tu trouves pas que ça fait un peu beaucoup?”. Oui, cela fait beaucoup, mais à l’époque je trouvais ça tout à fait normal. Après tout les êtres vivants sont complexes, mon avatar se devait de l’être aussi.

Très vite “Le Monstre” fût testé à la séance suivante. C’est ici que ma catastrophe personnelle se propagea. Telle une maladie vénérienne, “Le Monstre” contamina un à un tous les aspects du jeu. Florilège :

  1. Ayant vendu aux autres joueurs que mon personnage est un grand aventurier, je leur demande de me payer une somme astronomique pour les accompagner. Premier froissement. Certains joueurs commencent à tirer la gueule, d’autres, plus attachés à la bonne tenue de la séance, finissent par payer pour acheter la paix sociale.
  2. J’avais lors de la création du “Monstre”, obtenu aléatoirement un élixir d’amour. Pendant que nous jouons tranquillement une scène de beuverie entre nos personnages, histoire de créer des liens entre eux et mon “Monstre”, je décide de verser le fameux élixir dans le verre d’un des joueurs qui a refusé de me payer. S’en est suivi un instant tout aussi mémorable qu’horrible. Par cette simple action, je venais de forcer un joueur à jouer une scène d’amour homosexuelle avec moi. Il y a des sujets qui sont parfois sensibles. Disons le tout net : ne faites pas ça! Non vraiment, jamais. A la ville comme au jeu de rôle, le consentement est primordiale. Jouer une scène de viol n’est ni drôle ni intéressant pour une partie de D&D. Vos camarades de jeu ne sont pas venue pour se faire déflorer le postérieur contre leur gré, mais pour explorer des donjons et occire des dragons. Je vous en conjure, si un jour il vous vient cette idée saugrenue, mettez votre lubricité au placard et sauvez votre partie. NO MEAN NO.
  3. Alors que la situation devient dangereuse pour le groupe, “Le Monstre” décide de se mettre à l’abri en laissant ses partenaires risquer leurs vie . “Tu nous aide pas?” “Euh, bah c’est dangereux, alors bon, je préfère pas”.
  4. Alors que je sens bien que la situation m’échappe et que mes partenaires de jeu commencent non seulement à détester mon “Monstre” mais à me haïr moi personnellement, j’entrevois un moyen de racheter mes actions détestables. Nos avatars sont piégés au milieu d’une forêt empoisonnée et tombe un à un au sol. J’ai alors un éclair de “génie” : je vais prélever une partie du corps de chacun de mes compagnons, prendre mes jambes à mon coup et tenter de les faire revenir à la vie par un sortilèges (qui je le précise, coûte un sacré tas de pièces d’or). Je souris intérieurement : ça y est, je tiens ma rédemption, mon personnage va sauver la mise à tous le monde. Nous allons tous devenir amis et ça sera le début de grandes aventures et nous oublierons très vite les précédents épisodes désastreux.
  5. Notre MJ me regarde en rigolant et m’annonce “Le brouillard se dissipe et tu comprends rapidement qu’il s’agissait uniquement d’une hallucination, tes compagnons ne sont pas morts, ils sont justes évanouis.” Haha! Haha! Haha… “Le Monstre” vient donc de mutiler un à un tous les membres du groupes. Bien … Très bien!

Comment réagir?

Reprenons tous les événements précédents afin de les analyser et de voir ce qui a dérapé et ce que nous aurions pu faire:

  1. J’utilise ici la fameuse technique du “MAIS JE JOUE MON PERSO”. Ne faites pas les innocents, nous l’avons tous utilisé un jour. Lorsque l’on voit où cette logique nous mène, on se rend très vite compte qu’il faut arrêter de se cacher derrière cette excuse. Non, “tu ne joues pas ton perso” tu te comportes comme un conna**. Personne n’aime les conna***. Conclusion : “Je ne cacherais pas ma propre stupidité et mon égoïsme derrière celle de mon personnage.”
  2. Faisons simple : Viol = Pas cool, consentement = Cool. Ne forcez jamais un autre joueur à jouer quelque chose qu’il ne veut pas. Mettez vous d’accord sur votre Contrat Social, munissez vous des fameuses X-Cards, et tout ira pour le mieux. Non vraiment, faites le.
  3. Boom! Le petit Fait-Antiludique ! Tu l’avais pas vu venir! Non mais sérieusement, ça vous viendrait à l’idée d’être vétérinaire si vous détestez les animaux? Non? Et bien ne faites pas d’aventurier que ne peux pas vivre d’aventures ou de magiciens qui ne savent pas lancer de sort.
  4. C’est un moment très important, et rassurant pour ma personne. Sentant que la situation est invivable pour moi et pour les autres, je cherche une bonne excuse pour changer radicalement mon roleplay. C’est la bonne solution. La seule solution même. Si quelque chose gène le groupe, il faut d’urgence le changer. J’ai malheureusement attendu trop longtemps pour le faire. Ne m’imitez pas. Si votre personnages s’intègre mal au groupe ou vous échappe, changez son roleplay, trouvez une excuse, même ridicule, vous devez changer, et tout de suite! Vos partenaires préfèreront que vous invoquiez une raison farfelue qui fera tâche dans l’histoire pour justifier ce changement soudain que de voir l’entière partie être gâchée par votre “monstre” et vos décisions de joueur calamiteuses.
  5. La voilà la belle erreur de mon MJ, n’oubliez pas que le jdr est un jeu collaboratif, nous sommes tous responsables de ce qui se passe autour de la table. Le titre de cet article est trompeur. Vous ne serez jamais l’unique raison d’un échec. Mon MJ aurait dû se rendre compte qu’il devait soutenir ma démarche. Enfoncer un joueur et envenimer la situation n’est jamais malin. Si un personnage est détesté par le groupe, faites en sorte de le mettre en valeur afin que les autres cessent de le rejeter.

En conclusion

L’événement des “doigts coupés” fût le dernier acte de notre campagne. La dernier coup de pelle au dessus du tombeau des aventures à Estyl. Mais est-ce réellement la faute du “Monstre”? Il serait facile de lui imputer, et donc indirectement de m’imputer, entièrement cet échec. Cette campagne était notre première campagne et elle souffrait de notre inexpérience. Si nous savions tous jouer au jeu de rôles, ce qui n’est pas très compliqué je vous l’accorde, il nous manquait ce petit quelque chose qui permet de ne pas laisser au hasard la réussite d’une campagne . Qu’est ce? Oh, c’est simple et tient en deux mots : “Savoir collaborer”. On en parle une autre fois, et promis, il y aura plein de jeux de mots sur la Gestapo et la milice de Pétain.

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